Il n’était pas l’apôtre le plus marquant d’Angola. Mais il a fait prospérer ce qui lui avait été confié, alors que personne ne le voyait : Fernando Muliata, qui aurait eu 75 ans aujourd’hui.
Un homme riche part en voyage d’affaires et rassemble ses employés. Il donne à chacun une somme d’argent différente, qu’ils doivent gérer en son absence. À son retour, il fait les comptes : chacun a-t-il tiré le meilleur parti de ce qu’il a reçu ?
Bien sûr, c’est la parabole des talents. Et son mot d’ordre est bien connu : « tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ». Cela décrit un épisode décisif dans la vie de foi de l’homme né le 20 avril 1951 à Luchazes, dans la province de Moxico (Angola).
La foi à l’ombre de la guerre
C’est au cœur des troubles de la guerre que Fernando Muliata trouve la foi. Depuis 1961, la guérilla fait rage, dans le but de libérer l’Angola de la domination coloniale portugaise. Et en décembre 1971, le réfugié reçoit le saint baptême d’eau dans la région frontalière avec la Zambie. Car il existe ici déjà des communautés néo-apostoliques.
À partir de 1975, les mouvements de libération aux idéologies divergentes s’affrontent. La même année, Fernando Muliata reçoit le sacrement du saint-scellé des mains de l’apôtre Duncan B. Mfune, qui deviendra plus tard l’apôtre de district de Zambie. La guerre civile durera, avec des interruptions, jusqu’en 2002. Et c’est toujours la population qui en souffre.
Un prêtre pour une jeune Église
Fin 1984, Fernando Muliata retourne en Angola avec d’autres réfugiés. Là-bas aussi, il existe désormais des communautés néo-apostoliques. En effet, environ un an et demi auparavant, des apôtres venus de Rhénanie-du-Nord-Westphalie s’y étaient installés et avaient commencé à y établir l’Église. Ils ont pu s’appuyer sur le travail des frères et sœurs de Zambie et du Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo).
Fin 1983, l’Angola compte trois communautés ; en 1984, elles sont déjà plus de deux douzaines. Fernando Muliata s’installe dans la capitale, Luanda, et s’engage dans la communauté locale. Il a été ordonné prêtre en 1985.
Au cœur de la zone la plus dangereuse
Qui a dit guerre civile ? Les plus grandes batailles sur le continent africain depuis la Seconde Guerre mondiale font rage dans la province de Cuando Cubango. C’est là que le mouvement rebelle a établi son quartier général. Et c’est là, près de son ancienne patrie, que le prêtre Muliata exerce son ministère.
C’était lors de son troisième voyage missionnaire dans la capitale de province, à Menongue, comme le rapporte l’apôtre de district Armin Brinkmann dans le magazine « Unsere Familie », numéro 22/2002 : on a alors dit à Fernando Muliata « qu’il ne pouvait plus rentrer. Il y est resté tel un prisonnier pendant trois ans. » Il était considéré comme disparu.
La fidélité dans l’ombre
Ce n’est que lorsque la région est redevenue accessible en toute sécurité que l’on a pu se rendre compte de la situation dans laquelle se trouvait le prêtre. « Il y avait fondé tout un district où plusieurs milliers de fidèles attendaient le saint-scellé » , peut-on lire dans sa nécrologie officielle.
À partir d’avril 1999, Fernando Muliata prend la tête de ce district en tant qu’ancien de district. En novembre 2008, il est ordonné apôtre (photo ci-dessus, 2e à partir de la droite). Mais son mandat dans ce ministère est de courte durée. Il décède en 2010 des suites d’une grave maladie. Et l’apôtre de district Brinkmann écrit dans sa nécrologie : « L’apôtre Muliata était un serviteur de Dieu très croyant, d’une loyauté sans faille et zélé. »
Photos: Werner Ruppe / NAKI